paris – lyon

Je voulais partir. Je voulais briser la petite limite imaginaire de ma dernière plus longue sortie à vélo : Mont Saint-Michel – Paris. 

Je me demandais comment mon corps allait réagir une fois les 330 kilomètres dépassés, comme si une fois les chiffres sur le compteur atteint, mes jambes allaient soit miraculeusement implosées ou soit au contraire, se trouver d’une énergie mystique non suspectée.

Ce ne fut rien de tout ça. J’ai dépassé les 330 kilomètres dans la descente du Morvan, sans m’en rendre compte. J’étais trop obnubilée avec la nuit tombante et l’obsession de perdre de l’altitude afin d’affronter le froid mordant qui se refermait sur moi.

J’ai fait Paris – Lyon en mars. Pendant le couvre-feu. 

Rien n’était bien idéal. Bien qu’il existe parfois de beaux jours en mars, je pense que 2021 ne sera pas particulièrement réputé pour sa belle météo. Tandis que j’ai pu profiter d’un cessez-le-feu au niveau des averses, je n’ai pas échappé aux températures qui flirtaient avec les -2° c la nuit. 

Pour le couvre-feu non plus, ce n’était pas idéal. Ce dernier, commençant à 19 h, m’a forcé à devoir trouver des solutions pour affronter les vingtaines d’heures que j’ai passées sans commerces ou ravitaillements. Finalement, cela ne m’a pas posé trop de problèmes, car le froid et l’effort m’ont coupé l’appétit assez rapidement. Le couvre-feu cependant, pose d’autres problèmes. Bien que munie de ma petite attestation avec l’excuse la plus minable possible, je n’avais pas très envie de l’utiliser. 

Je dois avouer que je ne m’attendais pas à trouver un barrage policier à l’entrée d’Autun à 21 h. J’avais craint la sortie de Paris à 1 h du matin le jour-même, tout ça pour trouver les routes désertes et une sortie presque agréable de la capitale. Mais là, au milieu de la Bourgogne, je n’avais pas prévu ça dans mes cartes. 

Presque machinalement, je me suis mis sur le côté et j’ai commencé à sortir mes papiers d’identités et mes justificatifs. Je n’avais pas beaucoup de foi. Finalement, je me suis ravisée, j’ai tout rangé et j’ai décidé de contourner le barrage. Je n’étais pas convaincue que mon excuse passerait et il me restait encore 150 kilomètres à faire, avec autant de barrages potentiels dans des petits coins paumés. 

Je pensais avoir été vue et je m’attendais presque à être cueillie à l’autre bout du village, une fois mon détour effectué. Que nenni. 

J’ai continué mon chemin à travers le Creusot et j’ai croisé d’autres voitures de police. Je les ai regardés. Ils m’ont regardé. Je ne leur ai pas proposé de m’arrêter et j’ai continué sur mon chemin, à minuit, par -2° c, en direction de la Saône. 

À 2 h du matin, sur la piste cyclable de Cluny, j’ai commencé à halluciner de fatigue. J’avais froid, j’étais fatiguée, je ne savais pas ce que je faisais là. Je me suis mise à chanter, puis à crier pour me tenir éveiller. Je pleurais d’épuisement et j’ai fini par essayer de me convaincre sur la raison de ma présence ici dans toutes les langues que je connaissais. 

Un distributeur de pizza automatique fut ma délivrance quelque part avant Mâcon. Je me suis dit que la chaleur pourrait m’aider et le fait de mâcher quelque chose pourrait peut-être me tenir suffisamment éveillée pour atteindre Lyon. Fière de moi, j’ai plié la boite de pizza entre mes prolongateurs et je suis repartie à 3 h du matin. 

À cause des températures extérieures, les tranches se sont refroidies en cinq minutes et je me suis vite retrouvée à devoir éviter in extremis les sorties de route et les paupières tombantes. 

Ma délivrance fut ma mère, qui ne dormait pas et qui gardait un œil sur ma progression. Je la retrouve, un peu par surprise, à l’entrée de Villefranche. À la manière des grands coureurs, celle-ci me dicte la marche à suivre d’un ton enthousiaste : « Pose le vélo, rentre dans la voiture. Mets les couvertures sur toi, bois du thé et dors 30 minutes. Tu repars ensuite. »

Je m’exécute et je ronfle bien rapidement, me réchauffant de mes 25 h dehors. Finalement, au bout d’une heure de sieste, je me réveille avec les premières lueurs. Il est maintenant 5 h du matin et je repars sur le vélo. La sueur sur la selle s’est transformé en cristaux de givre. 

Le redémarrage est moins pénible que ce que je craignais et je progresse vers Lyon, progressivement réchauffée par les rayons timides du soleil. Une douleur à l’aine, cependant, m’interroge. Je l’ignore un peu, pensant à un os endolori et je continue. J’avais comme objectif d’atteindre 530 kilomètres pour cette sortie, mais depuis la sortie du Morvan, je savais que j’allais raccourcir cela à 505 km. Maintenant, mon objectif était de les atteindre.  

Je finis par me tromper de route et je fais un détour plus long. J’essaie d’aborder ce crochet avec philosophie, mais la douleur me rappelle à l’ordre. J’atteins 505 km et je m’arrête. 

C’est fait.

Le repos à Lyon est de courte durée, car 10 h plus tard, j’embarquais dans une autre épopée, moins ambitieuse. Celle du Lyon – Paris en TGV. La tête encore pleine de ce que je venais de vivre, je réalisais à sens inverse ces 500 km qui m’avaient pris plus de 25 h la veille en 2 h seulement.

Cela m’a pris du temps de redescendre de ce que je venais d’accomplir et de m’empêcher de me replonger dans quelque chose d’intense les jours suivants. La douleur à l’aine fut un bon moyen de prendre du repos mérité : celle-ci était devenu un kyste, qui est plus tard devenu un abcès. Inquiète d’avoir un testicule non désiré, j’ai fini par devoir prendre des antibiotiques pour faire dégonfler la bête. Le tout n’était pas sans frayeur, surtout quand le médecin m’a expliqué que si le tout ne dégonflait pas, il faudrait envisager une chirurgie rapidement. Heureusement, la balle de golf entre mes jambes a progressivement disparue et j’ai pu ainsi remonter sur le vélo deux semaines plus tard. Après quelques conversations avec d’autres cyclistes, j’ai ainsi ajusté ma selle en la baissant de 1°, créant moins de pression lorsque je mettais sur les aérobars.

Retrouvez l’itinéraire sur Komoot ci-dessous:

https://www.komoot.com/tour/337959403

https://www.komoot.com/tour/337959403


The longest bike ride I’ve done is 330 km long. From the Mont Saint-Michel to Paris in September 2020. 
Since then, I’ve always wondered what it would be to ride a longer distance than this in one go. I had many hypotheses: maybe my legs would shatter once I had reached 331 km, or perhaps, on the contrary, I would find myself inspired with a new and surprising energy.
None of that happened. I went over that imaginary barrier of 330 kilometres when descending the Morvan region, and I hadn’t even noticed. I was too focused with making it on time to reach a lower altitude for the night and not freeze to death in the heights of the region.

I’ve ridden Paris – Lyon in March. During the curfew.

None of it was particularly a “good idea.” Even though some time the month of March can be kind weather-wise, I don’t think anyone will remember 2021 as being a particularly lucky year for pleasant ride-weather. While I did enjoy a more-or-less dry ride with no rain, I did not escape the minus zero temperatures at night. 
While it becomes easier and easier to break the law today in France in 2021 (go experience being unlawful when stepping outside more than 10 km out of your house), I did not expect in my life to become an offender for just being outside after 7 p.m. And yet…

The 7 p.m. curfew forced me to plan ahead and make sure I had enough food to last me for the next dozens of hours, when I wouldn’t find any shops open. In the end, it didn’t prove to be a problem, as the intense effort pushed over 20 hours in the cold had my appetite halved. Lawfully though, I still found myself to be in a pickle. 

I did think that going out of Paris at 1 a.m. would be a problem and I was happily surprised to see that I slipped through the capital with no issue at all. I did not expect though the police roadblock in the middle of nowhere at 9 p.m. in Burgundy. 

Going down my frenetic descent from the Morvan, I stopped ahead of the roadblock and started to get all my papers in order to present them. I had an excuse, albeit it was not a strong one. At the last minute, I decided to skirt the police by going around the village. I still had 150 kilometres left before reaching Lyon and I was not motivated to pay several fines if I didn’t convince the police there on the spot, and met others on the road. 
I was half convinced they had seen me and that I was going to be awaited by pissed-off policemen at the other end of the village, but no one was there. I didn’t play with my luck any longer and I just went my way.

I continued through the Creusot and this time, I met other police cars. I looked at them, and they looked at me. I didn’t stop for a chat and just continued on to the Saone.

At 2 a.m., I started to have hallucinations. It had been more than 24 hours since I left Paris and my mind was playing tricks with me. On top of this, I was starting to feel really cold and only one question played over and over in my mind: “What the hell am I doing here?”
To stay awake, I tried singing, and then I switched to yelling to keep myself occupied. I cried tears of fatigue, and I ended up talking my way through to myself in every languages I knew to keep going.

An automatic pizza dispenser came as a saviour through the night before Mâcon. I thought some heat could help, and that perhaps chewing something would be enough to keep my eyes open. I was so proud of myself for that idea, and I left on my bike with the pizza box resting between my aerobars.
Since the temperatures were below freezing, the pizza got cold in minutes and my eyelids felt heavy again. 

My second saviour of the night (and the most effective one) was my mother. She hadn’t really slept when she heard about me going for a second night on the bike (I saved her some sleep by not telling her about the first night.) She surprised me by waiting for me at 4 a.m. just before Villefranches. She parked there and as soon as I arrived, I was directed to jump in the car, put on every blanket she had brought, drink some tea and sleep 30 minutes. 
Barely conscious, I followed her orders and in minutes, I was snoring happily on the front seat. 

After an hour, it was time to finish the ride. It was now 5 a.m. and I got back on my bike, the sweat on my saddle having progressively frosted with the cold.
Starting back was less painful than I had feared, and I got closer to Lyon with each pedal strokes, barely warmed by the shy sun rays appearing in the sky. I did have a painful spot at the groin, but I ignored it, thinking it was my bones telling me that I was made for standing, but not sitting for tens of hours at a time.
While my objective was 530 kilometres, I had changed my mind while in the Morvan and had remapped my ride so that I would ride 505 kilometres. Now, my only goal was to reach this number and stop.
With fatigue, I took a wrong turn and spent a good minute hating myself for any additional meter I was putting myself through. At 505 kilometres, the deal was reached, and I stopped.

It was done. I did it.

I did not rest for long, as 10 hours later, I was back on another journey, less ambitious this time. Lyon – Paris, but with the train. Through the window, I kept staring at the landscapes I had just crossed in 25 hours of riding, while here, it took me only two to be back in the capital. 

It did take me a while to get back to normal life and to prevent myself from going after another crazy adventure. The pain I had in my groin was a good remedy for this, as I had developed a cyst that later became a full grown-up abscess. Since I was not fond with the idea of an unwanted testicle, I ended up having to take antibiotics to get rid of it. I won’t lie and say that the whole ordeal scared me, as the doctor kindly let me know that I should get operated quickly if the medicine didn’t get the swelling down. 
Thankfully, the golf ball between my legs progressively went away and I was back on the bike two weeks later. 
After some conversations with other cyclists, I went ahead and lowered my saddle by 1° in order to lighten the pressure a bit when I was in my aerobar.

Since then, no more surprise testicle, and this even on rides that were longer than 25 hours.