race across france 2021 – race report (partie 1)

J’ai pris le départ de la Race Across France, format 1100km il y a plus d’une semaine, et je l’ai terminé depuis 5 jours. Je ne vous cache pas que comme d’habitude, après chaque projet ou chaque voyage que je termine, je ressens toujours une grande sensation de vide. Sans surprise, cela fait 5 jours que je tourne un peu en rond, à la fois soulagée d’être arrivée et déjà ennuyée de ne pas être en mouvement. C’est comme si quelque part, ne pas avoir à chercher un abri pour me réfugier d’un orage de montagne à 4h du matin me manquait. Drôle de sensation.

La RAF a démarré pour moi un samedi à 8h. Loin du fourmillement et de l’excitation de la veille, le départ s’est fait de manière plus calme, bien qu’animé par les encouragements familiaux venus de tous les côtés de la Côte d’Azur.

Les premières montées se sont enchaînées sous quelques gouttes de pluie, laissant les paysages marins pour des roches plus arides. J’ai pu faire la connaissance de l’intégralité des coureurs partis après moi, ceux-ci me dépassant nonchalamment jusqu’au col du Ferrier. Même si j’en appréciais l’aspect social, moralement, c’était difficile pour moi d’apprendre qu’au fur et à mesure des conversations, je finissais par partager la route avec des cyclistes étant partis plus de 2h après moi. Je n’avais pas l’impression de me traîner particulièrement, mais je voyais bien que je n’avançais pas dans les montées. C’est comme si j’avais déjà perdu la course avant même qu’elle ne puisse vraiment commencer.

Montée après Grasse

Malgré cela, je continue à avancer et à réduire mes pauses à un minimum. Cela s’est transformé en arrêt express à Castellane pour m’acheter de quoi subvenir aux prochaines heures, voir jours. Je repars avec un sandwich fait maison dans la main et une bouteille d’eau pétillante que j’accroche avec tort sur ma sacoche arrière. Au bout de quelques kilomètres, je me retrouve ainsi avec de nouveaux trous sur ma sacoche, crées par le frottement de cette dernière contre la roue.

Gorges du Verdon

Les heures passent, les kilomètres défilent et les paysages avec. Je découvre les Gorges du Verdon, ses routes sinueuses et ses automobilistes se retrouvant bien penauds avec une horde de cycliste à dépasser sur des voies étroites. Le soleil descendant, je me retrouve dans une portion plate, voir descendante, et je me laisse porter dans mes prolongateurs. C’est à ce moment-là que je sens l’apogée de ma course, celle où j’arrive à appuyer un peu sur les pédales et où je deviens celle qui dépasse les autres. Ça ne dure pas très longtemps, mais j’accueille la fraicheur de l’air et l’euphorie que cela me procure.

Cela dit, je sens progressivement que le soleil a fait son travail et en plus des difficultés que j’ai à manger, je ressens des remontées d’acides régulières. S’accompagnent ainsi des petits vomissements qui me font m’arrêter en bas de Gordes pour essayer de dormir 15 minutes. Finalement, je ne ferais que fermer les yeux et constater que le malaise ne passera pas. Je me change, prends une « douche » dans une fontaine et je repars.

Je finis par arriver à la base de vie des 300km avec une heure d’avance sur mon planning et j’en profite pour m’arrêter. Je raide tous les fruits à disposition, la seule chose que j’arrive à ingérer. Je retrouve Camille, Julia, Olive, Quentin et Jean-Lin. Après m’être un peu requinquée, je redécolle pour le Ventoux.

J’ai la sensation que la montée, même faible, commence dès la sortie de la base de vie et je prends doucement en altitude. Je n’ai pas de souvenirs précis de cette ascension du Ventoux, autre que c’était lent et que je me suis traînée. J’ai fait une pause de 5 minutes dans les 3 premiers kilomètres et puis le reste d’une traite. J’ai zigzagué tout le long de la route, me faisant dépasser par des petites leds à deux roues. Parfois, je recevais des compliments sur mon vélo, qui « brillait dans la nuit ». Arrivée à Chalet Reynard, la vue se dévoile enfin. Je prends quelques photos et je continue à monter cette montagne du mieux que je peux. Je vois au loin de nombreux cyclistes qui ont posés pieds à terre et marchent à côté de leur vélo. Le sommet paraît tout proche, et pourtant, il reste inatteignable. Il disparaît même dans les nuages et ne se laisse découvrir que lorsqu’on s’en approche réellement. Il faut le mériter ce Mont Ventoux.

À 1km du sommet, je ne peux pas m’empêcher de m’arrêter et de tout photographier. La brume nous entoure et le soleil perce à quelques endroits les nuages. C’est comme si l’atmosphère cherchait à apaiser la rudesse de ce Mont Ventoux, essayait d’en aplatir les angles et de coucher les pentes. Comme si quelqu’un nous murmurait à l’oreille que cette montée imperturbable depuis Bédouin valait le coup et que la récompense se dessinait enfin.

Le Mont Ventoux se découvre pour ceux qui le méritent

J’arrive en haut, accueillie par une équipe de volontaires frigorifiés. Là aussi, l’arrivée sera timide et après quelques melons et regards dans le vide, je repars vers le sommet. Quelques photos hésitantes et il est temps de redescendre.

La descente ne me fait pas rêver et je me retrouve comme un petit glaçon coincé sur les freins, tentant désespérément de ne pas me laisser emporter dans un ravin avant d’atteindre Malaucène. En bas, une boulangerie apparaît, comme un petit paradis en bas d’un mont redevenu sauvage et anguleux.

D’autres cyclistes cherchent un réconfort auprès d’un café chaud, de viennoiseries beurrées et d’une boulangère bien énervée de voir autant de personnes meurtries après plus de 24h sur un vélo. Qu’importe.

On échange quelques mots, on se réconforte, on se regarde. Et on repart. Le dénivelé que j’avais interprété comme étant descendant ne l’est pas. Au lieu de ça, ce qui apparaît comme des grosses côtes après le Mont Ventoux se révèlent être des petits cols. Mes jambes se sentent trahies par l’interprétation de ma tête et je monte à nouveau avec lenteur. Le soleil continue son travail de fond et tape du mieux qu’il peut sur chaque cycliste en route.

La journée me paraît floue et à vrai dire, je n’ai pas pris tant de photos que ça. Il ne me reste en tête que le Col du Rousset, interminable, mais fait avec un soulagement. Lorsque je le commence, je sais que j’ai 15 minutes de retard sur mon planning pour valider les 545km en 36h. J’ai probablement trop discuté, trop attendu en haut du Mont Ventoux et à la boulangerie. Je m’en veux, mais je reste déterminée pour avancer, même lentement. Finalement, on apprend que 2h de plus sont accordés suite à de nombreux abandons dans la journée.

Je me permets une montée plus apaisée, profitant de l’ombre pour ré-attaquer les portions au soleil. Je monte avec de la compagnie et Nicolas m’accompagne dans les derniers kilomètres en restant à mon rythme. Sans surprise, le Col du Rousset est accompagné par le Col de la Chaux et force à ne pas s’exclamer victoire trop vite. On descend enfin vers le Col de la Machine, la température ayant subitement chuté de 15°c avec une petite pluie. La vue s’ouvre sur la Combe Laval. Je ne me suis pas spoilée le parcours et je découvre avec une mâchoire qui se décroche l’arrivée sur Saint Jean en Royan. Extatique de ces deux heures accordées en plus, je ne m’empêche pas de m’arrêter pour prendre des photos et comprendre un peu ce qui se déroule sous mes yeux.

La faim étant néanmoins une bonne motivation, je finis enfin par décoller de ce spectacle naturel et je redescends sur Saint Jean en Royan. Là-bas, je ne croise que des visages familiers à nouveau : Julia, Daniel, Camille, Olive, Quentin… J’oublie un peu l’efficacité que je m’étais imposée jusque-là, soulagée de pouvoir arriver dans les temps pour valider la suite.

Je prends le temps de manger ce qu’il reste de disponible sur la base de vie, de comater et de regarder un peu dans le vide avec les autres cyclistes, un peu tous abasourdis et abattus par la chaleur de la journée. Je finis enfin par retrouver un peu de clarté et je prends une douche sans savon, ni serviette, n’ayant pas pensé à la logistique nécessaire pour cela. Je vais ainsi me coucher rafraîchie, toujours aussi sale, mais avec un peu d’eau par-dessus pour me faire croire que « ça passe ».

Je m’accorde généreusement une nuit de 4h15, sur un lit de camp, au milieu d’autres cyclistes épuisés. Lorsque je vais me coucher, je croise Amélie qui, elle, repart déjà. Je suis estomaquée d’une telle performance, mais je sais que je ne pouvais pas faire bien mieux que ce que j’ai fait moi-même aujourd’hui. Dans mon drap de soie, sur le lit de camp, pas besoin de me bercer. Je ferme les yeux et j’oublie toute l’histoire des 36h précédentes.

La suite dans le prochain billet.


I started the Race Across France, the 1100km version, more than a week ago and it has now been 5 days that I have finished. I won’t hide the fact that as usual, as with every project I carry through, I end up feeling empty when it is done. So empty it is that I feel. Of course, I do have a sense of accomplishment and even relief that it is over, but I also feel bored and underwhelmed. Perhaps it is the fact that I don’t have to seek a shelter to escape a mountain storm at 4 a.m that brings me down. You know, the small things in life.

The RAF started on a Saturday at 8 a.m. Far from all the busyness of the day before, the departure was quieter, only brought to life by the encouragement of my family, coming from all parts of the French Riviera.

The first climbs came one after another, and I left the coast behind for more arid landscapes. I was able to know all the riders of the race that left after me, since they effortlessly overtook me as we climbed the Ferrier pass. Even though I did enjoy this social aspect of the race, the very fact that this was a race and I was losing it, was a bit harder to take in. Progressively, as I waved hello and good luck, I got the information that I was overtaken by people having left more than 2 hours after me. This was discouraging as I felt I was losing the race before it even really started.

Despite this, I kept on going and trying to stop at least as possible. This strategy made it so that in Castellane, I dashed to a nearby bodega instead of the classic boulangerie. I thus skipped the lines and left with a handmade sandwich in less than 5 minutes. I also bought some sparkling water, thinking it’d be a good idea to attach it to my saddlebag. It was until that said bag touched my wheel and made another big hole, to add to the collection of the ones I already had.

The kilometres increased, bit by bit, and the landscapes changed. I discovered the Verdon Gorge, its winding roads and its clueless drivers, unsure on how to proceed that many crazy cyclists on these narrow paths. The sun was slowly descending and I found myself on a slight downward slope. I put myself in the aero bars and off I went. The speed was intoxicating and I felt like this was the apogee of my race. Where I was able to push on the pedals and become the one who overtook others. It didn’t last long, but I welcomed the fresh air and the euphoria it brought.

That being said, while the night was slowly coming in, the sun had done its job and it became difficult for me to eat. Regularly, I had acid refluxes and felt like I could fully throw up at any moments. I decided to stop for a moment before Gordes and close my eyes for 15 minutes.
I was unable to sleep and still felt sick. But I had to move on. I took a quick ‘shower’ in a fountain, changed my clothes and got back on the bike.

I arrived one hour early at the 300km checkpoint and decided to quickly stop. Being the only things I could eat, I took all the fruits I could see and tried to drink as much as possible. I saw Camille, Julia, Olive, Quentin and Jean-Lin, and after having talked a bit to each of them, I headed back to start the Ventoux.

Even though the climb hadn’t officially started, it immediately became a long and slow upward slope. I have no precise memory of going up the Ventoux, except for the fact that it felt long and slow. I took a 5-minute break 3 kilometres in, and then I did everything in one go. I zigzagued my way through the mountain and got overtaken by tiny lights on two wheels. Arrived at Chalet Reynard, the view finally opened up. I took some pictures and kept on going, this mighty mountains as well as I could. Many cyclists were starting to walk as the slope greedily increased. While the top seemed close, it remained unattainable. It even disappeared under the clouds and only dared reveal itself when one would get closer. Mighty but shy Ventoux?

1km from the top, it was difficult for me to not stop every 5 meters to take a picture. The morning haze took us its arm and the sun was fiercely trying to peek through this heavy cloud cover. Somehow, the whole scene removed some of the roughness of Mont Ventoux. As if the clouds were here to soften the steep slopes of the mountains and the sun was here to grace with colours the grey peak.

The Mont Ventoux was to be deserved.

I arrived at the top and got greeted by a small team of cold volunteers. Here too, the welcome felt timid and after I mindlessly ate a whole melon, I cycled up to the top. A few hesitant pictures and I went down the mountain.

While I usually love descending, this one felt like a cold and tense experience. It was as if a small ice cube on a bike arrived frozen at the bakery in Malaucène and only some warm coffee and buttery croissant would render the cyclist to its original, well, cyclist-shape. There, more ached bodies gathered at the entrance, trying to make sense of that first night on the bike, and to think of the next 200 kilometres that awaited.

We exchanged a few words, a few looks, and off we went. While I thought that the remainder of the itinerary was going down, I was blessed by the contrary and had to cycle my way through 3 « big bumps » or small passes, really. My legs felt betrayed by my head, and I was carrying slowly my whole being up the climbs. The sun kept doing its mighty work and many cyclists gave up, one after the other, during this terrible day.

I have to say, I don’t have many memories of the day, as I have few pictures. What remains is the last pass of the day, or what you thought would be the last, Col du Rousset. It was long and winding, with no end in sight. While climbing it, I took a look at my watch and saw that I was 15 minutes late in order to make sure I would finish the 545km in less than 36 hours. Probably, I had waited too long on top of Mont Ventoux, or had discussed too much at the bakery… I felt guilty about it but tried to focus on the here and now, and I went on, at my own rhythm. Eventually, I learned that we got a 2-hour bonus in order to make sure everyone could make it through the heat.

This way, I was able to climb more peacefully, re-assured that I could rest in the shade and keep on going without going through heat exhaustion. I climbed with some company and even Nicolas who tagged along in the last kilometres. Without any surprises, the Col du Rousset was followed by the Col de la Chaux, the one that makes you wish you didn’t think it was over. We went down through the Col de la Machine and suddenly experienced a temperature drop of 15°c and even some raindrops. The view opened up on Combe Laval and I went down to Saint Jean En Royan with a jaw constantly dropped at looking at the landscapes. After so many kilometres, it was difficult to properly process the view we were taking in.

While the view was nice though, I felt hungry and that was a good enough reason for me to finally move on and I arrived at Saint Jean en Royan. There, I saw some familiar faces again: Julia, Daniel, Camille, Olive, Quentin… I forewent some of the efficiency I had so carefully paid attention to earlier in the day and just enjoyed my time there.

I took the time to eat, to stare at the void and share the overall tiredness that was felt by all the cyclists sitting in the grass, waiting for who-knows-what. At some point, I found back some clarity and I took a shower, with no soap and no towels, because my mind did not go that far into prepping and I went to sleep on a camp bed, slightly damp, barely cleaner than before, but with the excuse that I, at least, « rinsed off. »

Generously, I allowed myself to sleep 4h15, among other tired cyclists. While I went to bed, I saw Amelie waking up and ready to leave. I couldn’t believe she was already done resting and had arrived so much earlier than I. That being said, I knew I wouldn’t have been able to do much better than what I had already done on that day, so I made peace with myself and went to sleep. The only thing I had to do was close my eyes and off I went.