Comptine d’un autre été – 2021

Parfois, un projet doit prendre le temps de murir.

Et parfois, on doit prendre le temps de laisser ce même projet mourir, faire son deuil afin de pouvoir enfin le regarder avec du recul pour ce qu’il a été.

Je n’ai pas voulu revenir sur cette expérience de l’été 2021 trop rapidement. J’ai voulu lui laisser du temps pour ne pas la raconter de façon vive et crue.

Cette expérience a été beaucoup de chose. Un expiatoire comme j’en ai souvent l’habitude. Une page que j’ai pu tourner pour avancer sur autre chose.

Elle a été aussi une découverte. Je me suis vue aventurière en tentant le bivvy bag et raisonnable en décidant de garder mon côté d’exploration pour des nuits reposantes en tente. Maintenant, je sais aussi ce que c’est que de dormir avec une trentaine de perce-oreilles. J’aurais pu vivre sans le poids de cette connaissance, mais maintenant, c’est fait, et je sais que je préfère généralement dormir sans.

Cette expérience a été un challenge. J’aime bien dire que je me suis lancée dans la Race Across France car je suis nulle en montagne et que comme ça, j’allais en manger plein et que forcément, à un mauvais, je serai moins nulle là-dessus.

Très logiquement donc, ici, je suis toujours une grimpeuse de piètre qualité et j’ai peur des panneaux de gradients à deux chiffres. Du coup, j’ai mangé 2 à 3 cols par jour et j’ai découvert des panneaux qui montent à 22% en restant assise sur le vélo et sans poser le pied à terre.

Bref, cet été, c’était des morceaux de petites victoires en boite. Sur un vélo. En parlant italien.

Le début est simple et loin de toute planification, comme j’aime. 

Le matin, je prends un billet de TER et je pars à Genève depuis Lyon. Là-bas, j’achète mon billet jusqu’à Innsbruck en Autriche, devant l’agent de la SBB, qui estomaqué ne comprend pas pourquoi je n’ai pas réservé une place pour mon vélo deux semaines à l’avance.

C’est l’aventure et c’est 2021 mon bon monsieur. Je suis venue une heure à l’avance pour acheter mon billet : c’est ça que d’être prévoyant maintenant.

Je monte dans le train et je regarde les paysages défilés. Je ris toujours quand je passe devant cette colline, pardon, devant le Liechtenstein. 

Puis, il est temps de descendre. Il est 18h. Je remonte mon vélo et je pars d’Innsbruck.

J’arrive avant la frontière italienne, à ce petit hôtel au charme local que l’Autriche aime bien faire et le ciel dégueule tout son repas mal digéré de la veille. Pendant que l’orage gronde, je grignote des biscuits emportés dans ma chambre.

Le lendemain, les nuages en gueules de bois sont partis grondés sur d’autres monts et je m’enfuis vers l’Italie.

Les montagnes ne sont pas russes mais elles pourraient l’être. J’enchaîne les montées et les descentes. Le tout devient presque banal et je croise ma silhouette dans les commerces du Sud Tyrol sans surprises. Je me fais à ce reflet de vélo chargé et d’appareil photo sur le dos. L’expérience paie et je connais maintenant mieux mon matériel. Ma monture est loin de gagner le prix de la légèreté en bikepacking, surtout quand on compte le trépied qui pose fièrement sur le sac de selle, mais j’ai tout l’essentiel. Pas plus, pas moins.

Je gravis les cols. Je savoure le goût de la transpiration et de l’effort. Je redescends.

La chaleur ne me fait pas souffrir, car je me retrouve en réalité à jouer à cache-cache avec les orages. Ceux-ci me font parfois prendre la décision d’écourter ma journée dans un refuge de montagne à 16 h plutôt que de continuer plus loin. 

Les premiers arrêts sont amers avant de me rappeler que ce n’est pas une course et que je suis libre de mon itinéraire, de mes temps, de mon départ et de mon arrivée.

Je termine mon tour à Kranjska Gora en Slovénie et j’ai une petite sensation de vide. Les Alpes Juliennes auquel je rêvais tant sont terminées et le tout était presque un peu… rapide. L’envie de faire demi-tour pour revenir à Milan par la plaine ne me fait pas rêver alors je m’autorise deux jours de réflexions au centre du pays, à Kamnik.

Sur le chemin, je croise 3 français en bikepacking. Je profite de la liberté de mes plans pour les rejoindre. Au programme, le dénivelé s’éloigne pour laisser place à un rythme plus apte aux vacances, aux arrêts cafés, aux baignades dans les lacs et à des vraies pauses ravito. Avec ça, ce fut la découverte de l’Est du pays, des vignes, de la frontière avec la Croatie, et de petits morceaux de gravel éparpillés au milieu.

D’autres verres de vin et un diner plus loin à Ljubljana, je dis au revoir aux 3 garçons avec qui j’ai partagé ces 4 jours et je termine ce voyage à Trieste.

Je passe la frontière à travers de petits chemins de gravier et c’est lorsque je vois enfin la Méditerranée que je comprends que je suis de retour en Italie. 

Le lendemain, j’achète un billet de train pour rentrer à Modane, dans les Alpes. Une fois arrivée en territoire Savoyard, je m’octroie un dernier effort pour conclure ce voyage montagnard.

Le col du Télégraphe, avec les derniers watts qu’il me reste dans les jambes, bien cachés.

La légende veut qu’ensuite, j’ai posé le vélo et j’ai profité des jours de vacances restant pour me reposer et me remettre de ces 1300 km et 23,000 m de dénivelés (presque une RAF, mais sur 13 jours) tranquillement.

Mais ça, bien sûr, ça aurait été trop simple.

Au lieu du repos, j’ai trouvé un VTT et un chemin de rando, et j’ai lié les deux en grimpant au col de la Plagnette avec un vélo de 14 kg. Mais ça, c’est une autre histoire.

C’était l’été 201. Je rédige ça un matin d’octobre à Paris, sous la pluie. Je contemple un peu ces photos que j’ai laissées traîner, comme si en laissant le livre ouvert, je permettais à cette aventure de ne pas se terminer. Je clos ce chapitre maintenant, avec l’impatience de lire les prochaines pages.

Retrouvez l’itinéraire sur Komoot.


One needs time to create and build something. The idea needs to ponder in the mind for a bit to then flourish and to make its way to become a proper project.

Once the project is done, one needs time to let it peacefully die and take a step back to understand and fully grasp what this idea was and what this idea meant.

It is now October and I am putting some words on this summer. I needed time to interpret this summer for what it was and make sure I wouldn’t drown myself in words and literal depictions of these 13 days.

This summer was an expiatory, as I am used to doing. It was a much-needed page I needed to write in order to move on.

This summer was also a way for me to test myself. Try bivvying away, as the cool bikepackers that I saw all year, climbing mountain passes and sleeping on the top with only a sleeping bag and a thin bivvy bag. The idea was cool, really. But the practical side of it is not for me. Instead of discovering a light and economical way of sleeping on trips, I discovered that there is actually a number of earwigs that are considered as ‘too many’ to spend the night with. I did not know I needed this knowledge to move on with life, and with a bit of thinking, I might definitely not need it, but now I know. Sleeping with 30 earwigs is too many earwigs. Some argue 1 is already enough, but I couldn’t attest to that version of things.

This summer was also a challenge. It was the same mindset that made me sign up to the Race Across France: I suck at climbing so here is a hell of a hilly race to start this long-distance cycling thingy. So continuing with this logical mindset, where I still suck (although a tiny bit less) at climbing and gradient signs make me shiver, I put myself through cycling 2 to 3 passes a day and starting a ‘collection’ of 20% gradient signs.


As you can see, this summer can be summarized as a bunch of small victories on a bike, while speaking Italian.


It all started as I would love every well-thought trip should start. I showed up at the train station and jumped onto the first TER that went to Geneva from Lyon. There, I astonished the gentleman in charge of selling tickets for the SBB, when I told him I needed a ticket right now for Austria with my bike. He berated me for not planning my trip in advance, as he told me I should have come to the Geneva station at least two weeks prior, to secure this ticket. 
Man, this is 2021. I came an hour early to buy this ticket: that’s what planning looks like now.

I jumped on the train and looked at Switzerland from the window. I laughed when I saw a hill and half-apologized when I realized that hill was Liechtenstein. 
Then, it was time to get off. It was 6 p.m., I put my bike back together and I left Innsbruck.

The slopes started right outside the city with a welcoming 10% gradient and I arrived in one of these charming retro hotels Austria has the secret of. While the sky seemed to be spewing half of the Earth’s water, I was safely eating the leftover biscuits I brought with me for dinner.

The following day, the clouds seemed to be emptied to the core and I left towards the sun in Italy.

The hilly rollercoaster started. It almost became a routine to ride from pass to pass. While going through small Tyrol villages, my reflection in the shops didn’t surprise me anymore. I got used to seeing this heavy bike, with all sorts of necessary bags strapped to it. I’m glad to say that experience paid off and I knew what I needed to take and what needed to stay home. Even though I would not win any prize for “lightpacking” this year, I was happy with everything single item I brought with me, even my tripod.

I climbed passes. I enjoyed the sweaty effort it took, and I climbed back down.

The heat wasn’t an issue, as I was actually running from storms every day. Sometimes, it would push me to stop earlier in the day than I had hoped to. At first, it broke my heart a little to stop riding at 4 p.m. when I felt fit to cycle longer. But then I realized this was not a race and I was free to go where I wanted, stop when I wanted to, and decide where this trip would start or end.

I finished my ‘planned’ tour in Kranjska Gora in Slovenia and I almost felt disappointed. This went by quickly. I had dreamed of the Julian Alps and they were already over… I had originally in mind to cycle back to Milan, but the heatwave Italy was facing at the moment didn’t seem appealing to me. Instead, I decided to take two days in Kamnik, in the centre of the country, to think about what to do next.

There, I met 3 French bikepackers. Enjoying the freedom I had, I decided to join them for a few days. I discovered another way of traveling, once that comprises swimming in every lake encountered, numerous and delicious coffee breaks, and real food orgy every night. With this, I was also able to discover the East of Slovenia that I originally didn’t intend to cycle through. Gorging ourselves with wine in the vineyard region, we cycled back to Ljubljana with bits of gravel and Croatia in there.

One last dinner in the capital and I bid my farewells to these 3 boys with whom I had shared the last 4 days. 
I headed to Trieste and it is only when I saw the Mediterranean Sea that I understood I had crossed the border in some narrow gravel paths.
The following day, I showed up at the train station and bought a train ticket to Modane in the Alps. Once there, I faced the last challenge I had put myself through. I climbed the Telegraph col with the last remaining watts I had left in the legs.

There, I’d like to tell you that I took it easy, enjoyed the mountains for a rest and that the bike was also taking its break after 1300 km and 23,000 m of elevation. 

But that would have been too easy.

Instead, I rented a Mountain Bike and thought it’d be fun to go hiking with it to the Col de la Plagnette. But this is a story for another time.

This was my summer 2021. It is now a rainy morning in October. I go through the pictures that I left behind to be digested by my memory later.
And now, I think I am ready to put an end to this chapter, only to be looking forward to reading what pages will come next. 

Find the itinerary on Komoot.